des contes qui guérissent

« Une des fonctions essentielles du conte est d’imposer une trêve au combat des hommes. » Daniel Pennac6a00d834520ed269e20133f2816eef970b500wi                                                                                                                 89966735bebe-qui-lit-gif

38) Le soufi et le premier ministre

Toute la cour est là, attendant l’arrivé du roi, quand un fakir soufi en haillons entre et va nonchalamment s’asseoir sur le trône. Le premier ministre n’en croit pas ses yeux.

– Qui crois-tu être pour entrer ici et te conduire de cette manière? Lui demande-t-il. Te prendrais-tu pour un ministre?

– Un ministre? Rétorque le soufi. Non, je suis bien plus que cela.

– Tu ne peux pas être le premier ministre, parce que le premier ministre, c’est moi. Serais-tu le roi?

– Non pas le roi. Plus que cela.

– L’empereur?trone

– Non, encore plus!

– Le Prophète, alors?

– Plus encore!

– Serais-tu Dieu?

– Non, je ne suis pas Dieu. C’est encore bien plus que cela.

– Mais il y a rien, au-dessus de Dieu!

– C’est exact, répond le soufi. Je suis ce Rien.  (Anonyme)

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37) La cithare du bonheur

C’était un homme droit et sincère qui cherchait le chemin du bonheur et de la vérité. Il alla un jour trouver un vénérable maître soufi dont on lui avait assuré qu’il pourrait les lui indiquer. Celui-ci l’accueillit aimablement devant sa tente et, après lui avoir servi le thé à la menthe, lui révéla l’itinéraire tant attendu : « C’est loin d’ici, certes, mais tu ne peux te tromper, au cœur du village que je t’ai décrit, tu trouveras trois échoppes. Là te sera révélé le secret du bonheur et de la vérité. » La route fut longue. Le chercheur d’absolu passa maints cols et rivières. Jusqu’à ce qu’il arrive en vue du village dont son cœur lui dit très fort : « C’est là le lieu ! Oui, citharec’est là ! ». Hélas ! Dans chacune des trois boutiques il ne trouva comme marchandises que rouleaux de fils de fer dans l’une, morceaux de bois dans l’autre et pièces éparses de métal dans le troisième. Fatigué et découragé, il sortit du village pour trouver quelque repos dans une clairière voisine. La nuit venait de tomber. La lune remplissait la clairière d’une douce lumière,lorsque tout à coup se fit entendre une mélodie sublime. De quel instrument provenait-elle donc ? Il se dressa tout net et avança en direction du musicien, et, stupéfait, il découvrit que l’instrument céleste était une cithare faite des morceaux de bois, des pièces de métal et des fils d’acier qu’il venait de voir en vente dans les trois échoppes du village.  A cet instant, il connut l’éveil. Il comprit que le bonheur est fait de la synthèse de tout ce qui nous est déjà donné, et que notre tâche est d’assembler tous ces éléments dans l’harmonie. Conte soufi

36 L’arbre du Pardon

Il était une fois un homme perdu. Depuis des années, il vivait de razzias, de rapines, de massacres, de vols. Il était farouchement cruel, sans pitié, malade d’une folle rage. C’était un homme perdu. Un jour qu’il cherchait  il n’aurait su quoi dire, l’idée lui vint d’aller un ermite en haut d’un grand terrier.  110731111711Le vieil homme l’écouta implorer un espoir, un pardon, puis il lui sourit et lui montra un vieil arbre calciné par la foudre : «  tu vois, là, ce vieil arbre mort ? Eh bien, tu seras pardonné quand il refleurira ! -Autrement dit, jamais, rétorqua l’homme. Autant continuer mes saccages ».  L’homme repartit sur les chemins, s’usant et s’acharnant à semer le malheur.  Un soir qu’il avance vers une vieille ferme, il voit une femme qui a rassemblée sa marmaille affamée autour d’un chaudron. La femme chante une berceuse : « Dormez mes petits. Maman vous fait la soupe. Dormez, dormez jusqu’à demain. »   Intrigué, il attend que la femme s’éloigne et ouvre le couvercle du chaudron : il était plein de pierres.   L’homme hausse les épaules, renverse les pierres et y jette, après l’avoir coupé en morceaux, la viande de mouton qu’il venait de voler.  Il prend soin de raviver le feu sous le chaudron avant de s’éloigner, en pleurant sur une telle misère.  C’est ce jour-là que le vieil arbre a refleuri.  Marie Faucher,  Contes des sages qui guérissent 

35)Le foulard blanc

C’est une histoire vraie : Jean, 20 ans, avait fait une saloperie immonde à ses parents. Vous savez… la saloperie dont une famille ne se remet pas, en général. Alors son père lui dit : “Jean, fous le camp ! Ne remets plus jamais les pieds à la maison !“
Jean est parti, la mort dans l’âme. Quelques semaines plus tard, il se dit : “J’ai été la pire des ordures ! Je vais demander pardon à mon vieux… Oh oui ! Je vais lui dire : pardon.”
Alors, il écrit à son père : “ Papa, je te demande pardon. J’ai été le pire des pourris et des salauds. Mais je t’en prie, papa, peux-tu me pardonner ? Je ne te mets pas mon adresse sur l’enveloppe, non… Mais simplement, si tu me pardonnes, je t’en prie, mets un foulard blanc sur le pommier qui est devant la maison. Tu sais, la longue allée de pommiers qui conduit à la maison. Sur le dernier pommier, papa, mets un foulard blanc si tu me pardonnes. Alors je saurai, oui je saurai que je peux revenir à la maison.” images1254
Comme il était mort de peur, il se dit : “Je pense que jamais papa ne mettra ce foulard blanc. »
Alors, il appelle son ami, son frère, Marc et dit : “Je t’en supplie, Marc, viens avec moi. Voilà ce qu’on va faire : je vais conduire jusqu’à 500 mètres de la maison et je te passerai le volant. Je fermerai les yeux. Lentement, tu descendras l’allée bordée de pommiers. Tu t’arrêteras. Si tu vois le foulard blanc sur le dernier pommier devant la maison, alors je bondirai. Sinon, je garderai les yeux fermés et tu repartiras. Je ne reviendrai plus jamais à la maison.”
Ainsi dit, ainsi fait. À 500 mètres de la maison, Jean passe le volant à Marc et ferme les yeux. Lentement, Marc descend l’allée des pommiers. Puis il s’arrête. Et Jean, toujours les yeux fermés, dit : “Marc, mon ami, mon frère, je t’en supplie, est-ce que mon père a mis un foulard blanc dans le pommier devant la maison ?“
Marc lui répond : “Non, il n’y a pas un foulard blanc sur le pommier devant la maison… mais il y en a des centaines sur tous les pommiers qui conduisent à la maison !” Puissiez-vous, Frères et Sœurs, vous qui avez entendu cette belle histoire du foulard blanc, emporter dans votre cœur des milliers de foulards blancs.  Père Guy Gilbert

34) Les cheveux noirs

Il y a longtemps, dans la ville de Kyoto, vivait un samouraï. Il était marié à une femme bonne et belle, qui était une excellente tisseuse. Ce samouraï perdit son poste. Son seigneur mourut, et il devint un guerrier sans maître, un ronin.
Sa femme avait beau vendre ses tissus, ils n’avaient pas assez d’argent. Ils n’étaient plus en état de tenir leur rang. Le samouraï avait honte de son infortune, il s’aigrit. Un jour, il fit un paquet de ses affaires et passa ses sabres à sa ceinture. -Je m’en vais, dit-il à sa femme. Ce n’est pas une existence pour un homme comme moi. Je ne peux supporter ce déshonneur. Épouse quelqu’un d’autre, quant à moi je pars chercher fortune ailleurs.           La femme éclata en sanglots et supplia : – Je vais tisser encore plus, vendre encore plus. Je t’en supplie, ne m’abandonne pas !
Le samouraï avait fermé son cœur. Tandis qu’elle pleurait, ses longs cheveux noirs flottant sur ses épaules, il attacha ses sandales, enfourcha son cheval et partit. Il chemina jusqu’à une ville lointaine, où il finit par entrer au service d’un autre seigneur. Grâce à ses qualités, il se fit rapidement distinguer et devint l’un des plus proches serviteurs du maître. Ce seigneur avait une fille, gâtée et égoïste. « Si je l’épouse, se dit le samouraï, ma fortune sera faite. »
Ainsi, poussé par l’intérêt, il la courtisa et sut lui plaire. Le mariage fut l’occasion de grandes fêtes. Puis tout reprit son cours comme avant. Sa femme passait son temps devant le miroir à s’épiler les sourcils et à essayer d’innombrables robes de prix, tandis que son époux le samouraï servait son seigneur et se couvrait de gloire sur les champs de bataille grâce à son sabre, à sa lance et à son arc.perroquet-en-vol-le-jardin-aux-oiseaux-upie-pa-29410114023
Il accompagnait aussi sa femme, quand elle se faisait emmener en litière de boutique en boutique pour acheter du tissu, des robes, des colifichets et des bijoux. Pourtant, debout dans la rue, à côté des porteurs, il s’irritait de la vanité et de la futilité de ces occupations. Il ne trouvait aucune joie à cette vie des riches à laquelle il avait tant aspiré. De plus en plus lui revenait le souvenir de sa première femme. La nuit, il voyait son beau visage, ses yeux tendres brillant d’affection pour lui, ses longs cheveux noirs descendant sur ses épaules. Il entendait le claquement du métier sur lequel elle tissait de superbes étoffes. Il tendait les bras vers elle et se réveillait désemparé, plein de dégoût pour ce qui l’entourait. Au bout de quelque temps, ses rêves commencèrent à le visiter dans la journée. Alors qu’il attendait que sa femme ait fini ses éternelles emplettes, le visage de sa première épouse parut devant lui, avec son sourire, ses traits fins, ses mains délicates, sa longue chevelure noire.
Ces images revenaient le troubler de plus en plus souvent, ressuscitant son amour et son désir. À la nuit, des larmes amères remplissaient ses yeux. Il savait désormais qu’obsédé par la réussite, il avait rejeté celle qui l’aimait et que lui-même aimait, il l’avait sacrifiée à la recherche de la richesse et du pouvoir. Il décida d’abandonner cette existence factice, de revenir vers sa vraie femme et de lui demander pardon.
Un soir, il enfourcha son cheval et prit le chemin de Kyoto. Après plusieurs jours de route, il entra dans la ville un peu avant minuit. C’est par des rues obscures, désertes comme des tombes, qu’il se dirigea, le cœur battant, vers son ancienne demeure. Il pénétra dans la cour. Les herbes étaient hautes. Il vit à la lumière de la lune que le papier des murs était déchiré par endroits. « Oui, se dit-il, sa vie n’a pas été facile, mais maintenant que je suis rentré, je vais remédier à tout cela. Oui, tout ira bien. »49
Il attacha son cheval, monta les marches de la véranda, retira ses sandales, fit glisser la porte et entra. Il passa de pièce en pièce, puis entendit le claquement régulier du métier à tisser. Son cœur bondit. Il ouvrit une dernière porte. Elle était assise devant le grand métier, vêtue d’une robe rapiécée, ses beaux cheveux noirs dégringolant en cascade sur ses frêles épaules et sur son dos. Elle se tourna et l’aperçut. Un sourire radieux éclaira son beau visage blafard. Elle courut vers lui et il la prit dans ses bras.
-Pardonne-moi, dit-il en pleurant, pardonne-moi, j’ai agi comme un fou. Mais je vais me rattraper, je te le jure !
-Chut, murmura-t-elle, en larmes elle aussi, chut, cela n’a plus aucune importance maintenant. Mes prières ont été exaucées. Tu es revenu. Viens, viens !
Ils passèrent la nuit ensemble à bavarder, à rire et à pleurer, serrés l’un contre l’autre durant les heures obscures, tandis que les bougies brûlaient et s’éteignaient. Le samouraï finit par sombrer dans le sommeil.
Au matin, les rayons du soleil sur son visage le réveillèrent. Il ouvrit les yeux. L’astre brillait juste en face de lui par les trous du toit dont une grande partie, pourrie, s’était effondrée. Il se frotta les yeux, mais ce n’était pas un rêve. Le soleil dardait toujours sur lui ses rayons. Médusé, il regarda autour de lui. De la moisissure recouvrait le papier déchiré des murs et les poutres abattues. Des herbes poussaient à travers le plancher vermoulu. Au milieu de la pièce se dressait un métier à tisser cassé. Sa femme était étendue à côté, le dos tourné vers lui, ses minces épaules enveloppées dans le kimono rapiécé, ses longs cheveux descendant sur son dos jusqu’au sol. Il la prit par les épaules, la tourna vers lui et… c’est un squelette qu’il aperçut. Il y avait longtemps, bien longtemps que sa femme chérie était morte de chagrin, de solitude et de nostalgie. Rafe Martin, 10 contes du Japon,

33) Où est le parapluie ?

Au bout de dix ans d’apprentissage, Zenno croyait pouvoir accéder au grade de Maître Zen. Un jour de pluie, il alla rendre visite au célèbre professeur Nan-In.
A peine était-il entré que celui-ci lui demanda: – Avez-vous laissé votre parapluie et vos chaussures dehors ?
– Bien sûr, répondit Zenno. Comme le veut la bonne éducation. J’agirais de la même façon en n’importe quel lieu.
-Alors dites-moi: avez-vous posé votre parapluie à droite ou à gauche de vos chaussures?
– Je n’en ai pas la moindre idée, Maître.
– Le bouddhisme Zen est l’art de la conscience totale de nos actions, répondit Nan-In. Le manque d’attention aux petits détails peut détruire complètement la vie d’un homme. Un père qui sort de chez lui en courant ne peut jamais laisser un poignard à la portée de son petit garçon. Un samouraï qui ne regarde pas tous les jours son épée finira par la trouver rouillée au moment où il en aura le plus besoin. Un jeune homme qui oublie d’offrir des fleurs à sa bien-aimée finira par la perdre « . Zenno comprit alors que, malgré sa bonne connaissance des techniques Zen sur le plan spirituel, il avait oublié de s’en servir dans le monde des hommes. (conte zen)6d3f298c32)« Moi » contre « Moi »
Quand l’homme, encore jeune, voulut commettre sa première folie, le bon sens s’en approcha et lui fit observer: -Retiens-toi ! Pourquoi t’abandonnes-tu ainsi au mal ?
Fièrement, l’interpellé lui répondit : -Parce que je le veux.
Plus tard, devenu prodigue, alors qu’il adoptait l’extravagance et la fantaisie comme règle de conduite, la pondération lui apparut pour le conseiller : -Arrête ! Pourquoi fais-tu des dépenses aussi insensées ?
En guise de réponse, il lui fit avec impertinence : – Je peux me le permettre.
Encore plus tard, lorsqu’il utilisa les autres pour servir sa démence, il reçut la visite de l’humilité qui le supplia miséricordieusement : – Réfléchis bien ! Pourquoi n’as-tu pas pitié des plus faibles et des plus ignorants ?
Mais le malheureux lui répliqua sur un ton colérique: – C’est moi qui commande.
Comme il dilapidait inutilement d’immenses ressources alors qu’il aurait pu faire le bien autour de lui, l’amour s’approcha et lui dit : – Change ! Sois charitable ! Comment peux-tu retenir le courant des opportunités sans secourir ceux qui sont dans le besoin ?
Alors le misérable lui fit : – C’est moi qui donne les ordres.
A l’heure où il commit des actions condamnables qui le menèrent au pilori de la désapprobation publique, la justice s’approcha et lui recommanda : – Ne continue pas ! Cela ne te fait-il pas mal de blesser tant de gens ?
Mais d’une voix implacable, il lui fit : -Je l’exige.
De sorte que c’est ainsi que l’homme vécut. Tout en se prenant pour le centre de l’univers, il se plaignait, opprimait et dominait sans entendre les suggestions des vertus qui illuminent la terre, jusqu’à ce qu’un jour, la mort vint le chercher et le força à abandonner son corps physique. Le malheureux, qui comprit alors toute la gravité de cet instant, se prosterna devant elle et lui fit : – Mort, pourquoi viens-tu me chercher ?
– Parce que je le veux, dit-elle
– Pourquoi m’obliges-tu à t’accepter ? gémit-il tristement.
– Parce que je le peux, lui rétorquer la visiteuse.
– Comment peux-tu m’attaquer de la sorte ?
– C’est moi qui commande.
– De quels pouvoirs disposes-tu ?
-J’ordonne.
– Je me défendrai contre toi, s’écria l’homme désespéré, je te combattrai et je te maudirai !…
Mais la mort eut un sourire imperturbable et affirma : -Je l’exige.
Ce fut ainsi que dans sa lutte du « moi » contre son « moi », elle le reconduisit vers la vérité pour apprendre de plus grandes leçons. in Contes spirituels, Chico Xavier
31) Les cerises
Un jour, tandis que Jésus et Saint Pierre cheminaient de par le monde, ils se sentirent bien fatigués. Il faisait une chaleur terrible mais en cours de route ils ne trouvèrent pas la moindre âme charitable pour leur donner un verre d’eau, pas le plus petit ruisseau pour leur procurer un filet d’eau. Cheminant cahin-caha, Jésus, qui marchait devant, vit sur le sol un fer à cheval ; il se retourna vers son disciple et lui dit : – Pierre, ramasse ce fer à cheval et garde-le.fer
Mais Saint Pierre, qui était d’une humeur de chien, lui répondit : – Ce morceau de fer ne vaut pas la peine de se baisser. Laissons-le là, Seigneur.
Jésus, comme d’habitude, ne fit aucun commentaire ; il se contenta de se baisser, de ramasser le fer et de le mettre dans sa poche. Ils se remirent en route, muets et silencieux. Au bout de quelque temps, ils rencontrèrent un forgeron qui allait dans la direction opposée. Jésus lia conversation avec lui au cours de la halte qu’ils firent tous ensemble, et au moment de se quitter, Jésus lui vendit le fer qu’il avait trouvé. Ils poursuivirent leur chemin et tombèrent par hasard sur un marchand ambulant qui se rendait au village voisin pour vendre des fruits. Jésus l’arrêta et acheta avec les quatre écus de la vente du fer à cheval, une demi-livre de cerises. Pendant tout ce temps,Saint Pierre restait muré dans son silence et sa mauvaise humeur empirait. La chaleur redoublait ; les gorges se desséchaient.cerises Seul Saint Pierre souffrait de la soif, car Jésus mangeait les cerises et le jus des fruits rafraîchissait son palais. L’apôtre, qui marchait péniblement derrière lui, regardait le Sauveur avec envie ; mais comme les cerises avaient été achetées avec le gain de la vente du fer à cheval qu’il n’avait pas voulu ramasser, il n’osait pas demander à Jésus sa part du festin. Celui-ci, sans avoir l’air de rien, laissait tomber une cerise de temps en temps, et Saint Pierre se penchait avec avidité pour la ramasser et la porter à sa bouche assoiffée. Quand il n’y eut plus de cerises, Jésus se retourna vers son disciple et lui dit : – Tu vois, Pierre, on ne doit rien dédaigner en ce monde, même ce qui nous paraît mesquin et dépourvu de valeur. Pour n’avoir pas voulu te baisser une fois et ramasser le fer à cheval, tu as dû t’incliner de nombreuses fois pour les cerises que je laissais tomber sur le sol. Ceci t’apprendra, Pierre, à ne dédaigner rien ni personne. Saint Pierre ne trouva rien à répondre ; il baissa la tête et poursuivit humblement le trajet derrière son Seigneur. Alfred de Musset

30) L’ARBRE A SOUCIS

Un jour, j’ai retenu les services d’un menuisier pour m’aider à restaurer ma vieille grange. Après avoir terminé une dure journée au cours de laquelle une crevaison lui avait fait perdre une heure de travail, sa scie électrique avait rendu l’âme, et pour finir, au moment de rentrer chez lui, son vieux pick-up refusait de démarrer. Je le reconduisis chez lui et il demeura froid et silencieux tout au long du trajet. Arrivé chez lui, il m’invita à rencontrer sa famille. Comme nous marchions le long de l’allée qui conduisait à la maison, il s’arrêta brièvement à un petit arbre, 2013-07-28 09.15.41touchant le bout des branches de celui-ci de ses mains. Lorsqu’il ouvrit la porte pour entrer chez lui, une étonnante transformation se produisit. Son visage devint rayonnant, il caressa ses deux enfants et embrassa sa femme. Lorsqu’il me raccompagna à ma voiture, en passant près de l’arbre, la curiosité s’empara de moi et je lui demandai pourquoi il avait touché le bout des branches de cet arbre un peu plus tôt. 
« C’est mon arbre à soucis, » me répondit-il. « Je sais que je ne peux éviter les problèmes, les soucis et les embûches qui traversent mes journées, mais il y a une chose dont je suis certain, ceux-ci n’ont aucune place dans la maison avec ma femme et mes enfants. Alors, je les accroche à mon arbre à soucis tous les soirs lorsque je rentre à la maison. Et puis, je les reprends le matin ». « Ce qu’il y a de plus drôle », il sourit, « c’est que lorsque je sors de la maison le matin pour les reprendre, il y en a beaucoup moins que la veille lorsque je les avais accrochés. anonyme

29) La cravate et le mouchoir

 Un jour, une cravate et un mouchoir eurent une malheureuse dispute. Le mouchoir ne voulait pas se disputer avec la cravate, mais celle-ci lui dit: «Tu ne sers à rien! Tu te caches dans la poche des gens tandis que le monde entier m’admire. Je donne de l’importance à la personne qui me porte. Je suis pleine de dignité tandis que tu te contentes de rester caché! Le monde entier m’admire, et tu es complètement insignifiant!» Le mouchoir répondit : « Ce que tu me dis m’attriste beaucoup. Dieu m’a fait humble. Lorsque les gens pleurent, j’essuie leurs larmes. Ils ont besoin de moi et je suis heureux d’être à leur service. Lorsqu’ils transpirent, ils me sortent de leur poche pour s’essuyer le front. Lorsqu’ils toussent, ils m’utilisent aussi. Et finalement, quand ils n’ont plus besoin de moi, ils me rangent. Je veux être un humble serviteur ma vie durant. » La cravate répliqua : « Tu ne sers vraiment à rien ! Regarde comme le monde m’admire et m’apprécie. Dès que quelqu’un me porte, le monde entier m’admire. Je ne peux pas cravateimaginer comment tu peux être heureux. » Le mouchoir répondit alors : « Je sers à ma modeste et humble façon. Oui, je suis très heureux. Si tu es heureuse en attirant l’attention du monde, très bien, sois heureuse à ta manière. » À ce moment, Dieu apparut devant eux. La cravate commença à se pavaner devant Dieu : « Je suis merveilleuse, tout le monde m’admire. » Et le mouchoir dit : « Seigneur, je Te suis tellement reconnaissant de me donner l’occasion de rendre service aux gens en essuyant leurs larmes et de les aider quand ils transpirent ou quand ils sont enrhumés ! Tu m’as donné une opportunité en or de Te servir, mon Seigneur. Je T’en serai éternellement reconnaissant. » La cravate était si fière ! « Je suis tellement importante ! J’attire l’attention du monde entier. » mouchoirPuis elle ajouta : « Mon Dieu, dis-nous qui est le plus important de nous deux, moi, ou bien ce mouchoir ridicule. » Dieu répondit : « Mon mouchoir est infiniment plus important parce qu’il est humble. J’ai créé le monde pour d’humbles services tels que ceux que mon mouchoir rend. Toi par contre, tu ne sers pas l’humanité. Tu ne fais que te vanter. À mon avis, un mouchoir est infiniment plus important qu’une cravate. Je veux que chacun serve ma Création avec la plus grande humilité. » Sri Chinmoy,
l’image du mouchoir trouvée sur Doudou et Compagnie, avenue des anges)

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28) LE CADEAU D’INSULTES

Près de Tokyo vivait un grand samouraï, déjà âgé, qui se consacrait désormais à enseigner le bouddhisme Zen aux jeunes. Malgré son âge, on murmurait qu’il était encore capable d’affronter n’importe quel adversaire.
Un jour arriva un guerrier réputé pour son manque total de scrupules. Il était célèbre pour sa technique de provocation : il attendait que son adversaire fasse le premier mouvement et, doué d’une intelligence rare pour profiter des erreurs commises, il contre-attaquait avec la rapidité de l’éclair.
Ce jeune et impatient guerrier n’avait jamais perdu un combat. Comme il connaissait la réputation du samouraï, il était venu pour le vaincre et accroître sa gloire. Tous les étudiants étaient opposés à cette idée, mais le vieux Maître accepta le défi. Il se réunirent tous sur une place de la ville et le jeune guerrier commença à insulter le vieux Maître. Il lui lança des pierres, lui cracha au visage, cria toutes les offenses connues – y compris à ses ancêtres. 56Pendant des heures, il fit tout pour le provoquer, mais le vieux resta impassible. A la tombée de la nuit, se sentant épuisé et humilié, l’impétueux guerrier se retira. Dépités d’avoir vu le Maître accepter autant d’insultes et de provocations, les élèves questionnèrent le Maître :  » Comment avez-vous pu supporter une telle indignité ? Pourquoi ne vous êtes-vous pas servi de votre épée, même sachant que vous alliez perdre le combat, au lieu d’exhiber votre lâcheté devant nous tous ?
– Si quelqu’un vous tend un cadeau et que vous ne l’acceptez pas, à qui appartient le cadeau ? demanda le samouraï.
– A celui qui a essayé de le donner, répondit un des disciples.
– Cela vaut aussi pour l’envie, la rage et les insultes, dit le Maître. Lorsqu’elles ne sont pas acceptées, elles appartiennent toujours à celui qui les porte dans son cœur. Conte zen

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27) Les fleurs amoureuses
Il était une fois une marguerite et une pâquerette qui s’aimaient tendrement. Elles étaient nées non loin l’une de l’autre. La berge d’un canal avait été aménagée en promenade. Tout au long de la rive, des saules pleureurs laissaient d’un côté nonchalamment tremper dans l’eau paisible le bout de leurs branches, de l’autre apportaient ombre et fraîcheur aux promeneurs tranquilles marchant sur un chemin de fins gravillons. De l’autre côté de ce chemin, s’étendait une pelouse bien tondue sur laquelle les enfants faisaient mille galipettes, jouaient au ballon ou essayaient d’attraper des sauterelles. C’est là qu’était née la pâquerette. Au-delà de la pelouse, et à perte de vue, un pré laissait lascivement ses hautes herbes se balancer au rythme des vents. C’est là qu’était née la marguerite. Très jeunes déjà, elles s’étaient remarquées entre toutes et se faisaient des petits signes de leurs pétales. Leur amour grandissait de jour en jour, mais voilà, un mètre les séparait, c’était plus que trop pour elles. lesfleursamoureuses
– Tu es si loin, je ne peux même pas sentir ton parfum, j’aurais tant aimé que nous poussions l’une contre l’autre, disait la marguerite. Alors la pâquerette, au prix de mille efforts, extirpant du sol, une à une ses racines pour les replanter un peu plus loin, se déplaça-t-elle jusqu’aux pieds de sa promise.
– Tu es si petite, je te distingue à peine parmi toutes ces herbes, j’aurais tant aimé appuyer ma fleur tout au bord de la tienne, disait la marguerite. Alors la pâquerette, au prix de mille souffrances, allongeant sa tige, rejoignit-elle sa bien-aimée.
– Ta corolle est si petite comparée à la mienne, j’ai si peur en l’étreignant d’en froisser le moindre pétale, disait la marguerite. Alors la pâquerette, au prix de mille tortures, s’étala-t-elle au plus large qu’elle pût pour ressembler à l’élue de son cœur. – Nous allons enfin pouvoir partager notre vie comme nous l’avons rêvé depuis notre plus jeune âge, disait la marguerite en se serrant contre son amie. Mais la pâquerette ne pût rien répondre, épuisée de tant de peine, elle n’eût plus que la force de se laisser faner, laissant seule à jamais celle pour qui elle avait tout donné. Que t’en semble, ami, viens tu de lire une histoire d’amour ? Tu ne crois pas, et tu as raison; si tu y avais cru, tu aurais eu raison aussi. L’amour, c’est donner le meilleur de ce que l’on a, de ce que l’on est, de ce que l’on peut, sans rien demander en échange. L’amour, c’est accueillir l’autre tel qu’il est, sans rien exiger de lui de peur de l’obliger à faire ce qu’il ne pourrait pas, de peur de le faire devenir quelqu’un qu’il n’est pas, de peur de lui prendre quelque chose qu’il n’a pas : de peur de l’épuiser. L’amour, c’est recevoir simplement ce que l’autre est capable de donner, même si ce don ne nous satisfait pas entièrement car, ce qu’il a donné est ce qu’il avait de plus beau. L’amour, c’est savoir que demain, par amour, l’autre donnera encore et encore, offrant le meilleur de ce que Dieu a mis en lui, et cela, sans rien demander en échange.  Antoine LANG  Aquarelle : Heidi THEILLER

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26) L’enfant de la plage
Un homme
se baladait un jour sur une plage. C’était la marée basse et la plage était couverte de millions d’étoiles de mer qui séchaient au soleil. Tout à coup, l’homme aperçoit un enfant qui ramasse des étoiles de mer et les remet à l’eau.  – mais que fais-tu là mon bonhomme? demande l’adulte
– je sauve les étoiles de mer! répond l’enfant! – c’est ridicule, regarde autour de toi! des millions d’étoiles sont entrain de mourir au soleil, déjà! Tu ne pourras jamais toutes les sauver, et ce que tu fais ne change rien! »
Imperturbable, l’enfant ramasse encore une étoile qui gigote et la pose dans l’eau, puis dit à l’homme: – regardez celle-là! Pour elle, ce que j’ai fait change tout!… (anonyme)etoile

25) La flamme et le papillon
Un jour, une guêpe voulut se faire passer pour un papillon. Elle survola une assemblée de papillons dans un arbre à papillons, véritable réservoir à nectar. Les gardiens de cet arbre lui firent barrage.
-Ne voyez-vous pas que je suis des vôtres? J’ai toujours été un papillon et je le resterai ! Vous ne me connaissez pas car je viens du village voisin !Blue-Mountain-papillons-Papilio-Ulysse
L’un des papillons se rendit auprès de leur roi et lui expliqua qu’un individu qui avait l’allure d’une guêpe prétendait être un paillon et souhaitait se joindre à leur communauté. Le roi convoqua la guêpe et lui demanda combien il y avait de lampadaires dans le village voisin. La guêpe répondit qu’elle ne les avait jamais compté mais qu’elle pouvait y aller et revenir donner la réponse. Le roi des papillons accepta. La guêpe ne se fit pas prier et s’en alla bien que la nuit fut avancée.
Elle se présenta au roi avant les premières lueurs de l’aube pour donner sa réponse.
– Tu n’a pas besoin de parler, dit aussitôt le roi des papillons. Si tu étais des nôtres, tu ne serais jamais revenu. Les papillons, lorsqu’ils trouvent la flamme, symbole du feu divin, se désintègre en lui. Tu n’es pas un papillon mais bien une guêpe. La lumière de la flamme n’évoque rien pour toi ! conte soufiguepe

24) Le roi et son jardin
Un roi planta près de son château toutes sortes d’arbres, de plantes et son jardin était d’une grande beauté. Chaque jour, il s’y promenait : c’était pour lui un bonheur et une détente. Un jour, il dût partir en voyage. A son retour, il s’empressa d’aller marcher dans le jardin. Il fût surpris en constatant que les plantes et les arbres étaient en train de dépérir. Il s’adressa au pin, autrefois majestueux et plein de vie et lui demanda ce qui s’était passé. Le pin lui répondit : J’ai regardé le pommier et je me suis dit que jamais je ne produirais les bons fruits qu’il porte. Je me suis découragé et j’ai commencé à sécher. »
Le roi alla trouver le pommier : lui aussi se desséchait… Il l’interrogea et il dit :  » En regardant la rose et en sentant son parfum, je me suis dit que jamais je ne serais aussi beau et agréable et je me suis mis à sécher. »
Comme la rose elle-même était en train de dépérir, il alla lui parler et elle lui dit : « Comme c’est dommage que je n’ai pas l’âge de l’érable qui est là-bas et que mes feuilles ne se colorent pas à l’automne. Dans ces conditions, à quoi bon vivre et faire des fleurs? Je me suis donc fleurs jaunemise à dessécher. »
Poursuivant son exploration, le roi aperçut une magnifique petite fleur. Elle était toute épanouie. Il lui demanda comment il se faisait qu’elle soit si vivante. Elle lui répondit : » J’ai failli me dessécher, car au début je me désolais. Jamais je n’aurais la majesté du pin, qui garde sa verdure toute l’année; ni le raffinement et le parfum de la rose. Et j’ai commencé à mourir mais j’ai réfléchi et je me suis dit : « Si le roi, qui est riche, puissant et sage, et qui a organisé ce jardin, avait voulu quelque chose d’autre à ma place, il l’aurait planté. Si donc, il m’a plantée, c’est qu’il me voulait, moi, telle que je suis et, à partir de ce moment, j’ai décidé d’être la plus belle possible! » Anonyme

23) La souris et la grenouille

Une souris se promenant le long d’un ruisseau se lie d’amitié avec une grenouille. Elles se réunissent toutes deux, chaque jour à heure fixe, sur le lieu de leur première rencontre, afin de se raconter des histoire et de se divertir. sticker-sourisUn jour, la souris dit à la grenouille : – Ô toi, le plus noble des animaux ! Depuis longtemps, je désire te confier un secret. Toi, tu viens de l’eau et c’est là que tu retournes. Et moi, lorsque je t’appelle du bord du ruisseau, je n’obtiens pas de réponse parce que tu ne m’entends pas. Mon cœur ne se satisfait pas de nos rencontres quotidiennes. Je suis dans l’égarement lorsque je ne vois pas ton visage. Pour moi, tu es la lumière du jour et la paix de la nuit. Mon cœur souhaite être avec toi chaque instant. Mais toi, tu ignores tout de mon état. Ô ma sœur ! Moi, je viens de la terre et toi, tu viens de l’eau. Il m’est impossible de plonger dans l’eau. Il faut que nous trouvions un moyen pour que mes appels te parviennent.Et elle propose cette solution : – Nous allons prendre une ficelle très longue et chacune de nous attachera l’une de ses pattes à l’une de ses extrémités. Ainsi, quand je voudrais te voir, il me suffira de tirer la ficelle.Cette solution ne plaît guère à la grenouille et elle refuse. 6_e7r3qSi la grenouille de l’âme est liée à la souris du corps, elle est sans cesse importunée par cette dernière qui tire la ficelle. La souris insiste tellement que la grenouille finit par céder. Elles se relient donc par une longue ficelle et, chaque fois que la souris tire sur elle, la grenouille remonte du fond de l’eau pour converser avec son amie. Or, un jour, un énorme corbeau attrape la souris et s’envole. Il soulève la souris et la grenouille à sa suite, la souris dans son bec et la grenouille au bout de la ficelle. Les gens, qui voient ce spectacle, se disent alors : – Voilà bien une chose étonnante ! Une grenouille, créature aquatique, pourchassée par un corbeau ! Quant à  la grenouille, elle se dit : – Quiconque se lie d’amitié avec une créature qui n’est pas de sa sorte mérite, certes, la punition que je subis. (conte soufi)

 

22) Le chien, le singe et le léopard
Une vieille dame décide d’aller faire un safari photo en Afrique. Elle emmène son fidèle vieux chien pour lui tenir compagnie. Un jour, le chien part à la chasse aux papillons et ….s’aperçoit qu’il s’est perdu. Errant au hasard en tentant de retrouver son chemin, il voit un léopard courir vers lui avec leopard-and-dog_1631111il’intention visible de faire un bon repas. Le vieux chien pense : « Oh, oh! La situation se complique, là ! »
Remarquant les quelques os d’une carcasse qui traîne sur le sol à proximité, il se met aussitôt à mâcher les os, tournant le dos au léopard qui approche.
Quand celui-ci est sur le point de lui sauter dessus, le chien s’exclame haut et fort:  « Ouais, ce léopard était vraiment excellent ! Je me demande s’il y en a d’autres par ici ? »
En entendant cela, le jeune léopard interrompt son attaque en plein élan, regarde le chien avec effroi et s’enfuit en rampant sous les fourrés.
« Ouf ! », soupire le léopard, « c’était tout juste. Ce vieux chien a failli m’avoir ! »
Cependant, un  singe, qui avait observé toute la scène d’une branche d’arbre à proximité, se dit qu’il pourrait mettre à profit ce qu’il sait en négociant avec le léopard et obtenir ainsi sa protection. Il part image0022253donc le rattraper, mais le vieux chien, le voyant courir à toute vitesse après le léopard, réalise que quelque chose doit se tramer. Le singe rattrape le léopard, lui dévoile le pot aux roses, et lui propose un marché. Le jeune léopard est furieux d’avoir été trompé :   « Viens ici le singe, monte sur mon dos, et tu vas voir ce qui va arriver à ce petit malin ! »
Le vieux chien voit le léopard accourir avec le singe sur son dos et réfléchit. Mais au lieu de s’enfuir, le chien s’assied dos à ses agresseurs, fait semblant une fois de plus de ne pas les avoir vus, et juste au moment où ils arrivent à portée de voix, il s’exclame : « Où est donc ce foutu singe ? ça fait une heure que je l’ai envoyé me chercher un autre léopard ! »manteau-leopard-pour-chien
 Morale de cette histoire:  On ne plaisante pas avec les vieux de la vieille. L’âge et la ruse arrivent à triompher de la jeunesse et de la force…!! L ‘astuce et l’esprit viennent avec l’âge et l’expérience….

 

21) Le rêve vendu

Youkitchi et Mosouké étaient amis. Youkitchi était joyeux, presque frivole, Mosouké par contre était sérieux et fort prudent. Ils s’aimaient tant que si l’un devait entreprendre un voyage d’affaires, ils étaient marchands, il attendait toujours que l’autre puisse se joindre à lui. Lors d’un voyage, la journée ayant été chaude ils étaient heureux d’arriver au bord d’une forêt et de pouvoir s’étendre à l’ombre d’un pin. Très vite, Youkitchi s’ endormit. Mosouké regardait son ami et se dit : « Il dort tranquillement dans la nature, comme s’il était chez lui. Je ne le pourrais pas, moi, j’aurais peur de me faire voler. Et pourtant, un petit somme serait le bienvenu.  » Tout à coup Mosouké vit une guêpe sortir de la narine gauche de son ami. Il la regarda avec étonnement. Elle s’envola vers un haut pin solitaire campé sur un rocher, tourna trois fois autour de l’arbre, puis revint vers Youkitchi et disparut dans sa narine droite. Mosouké n’avait jamais vu chose aussi étrange. A cet instant, Youkitchi s’éveilla, s’assit en riant et dit : « Mosouké, je viens de faire un rêve merveilleux. Il faut que je te le raconte. Figure-toi qu’il y avait un haut pin campé sur un rocher élevé, oui, exactement comme celui que tu vois là-bas ; une guêpe tournait autour du tronc en bourdonnant : -tu dois creuser à cet endroit, tu dois creuser à cet endroit ! Et effectivement je me suis mis à creuser et j’ai trouvé un grand pot plein de pièces d’or. De ma vie je n’ai vu tant d’argent, sauf dans mes rêves ! » »Vraiment c’est un rêve étrange » répondit Mosouké, « A ta place j’irais creuser autour de ce pin là-haut. » »Mais je ne vais pas aller me fatiguer par une telle chaleur simplement à cause d’un rêve 20068223stupide. Continuons plutôt notre route pour arriver à temps en ville. »Mais Mosouké ne voulait rien entendre : « Un tel rêve a sûrement un sens. Si tu ne veux pas creuser, moi je veux bien essayer. Vends-moi ton rêve. »Youkitchi éclata de rire : « Voilà une bonne affaire pour moi qui n’ai jamais vendu de rêve. Que m’offres-tu ? » »Tu as dit qu’il y avait là un grand tas de pièces d’or. Je ne sais pas vraiment ; je suis ton ami et je ne veux pas te léser. Dis-moi toi-même à combien tu estimes ton rêve. » Après une courte discussion, ils convinrent d’une somme. Et Mosouké acheta le rêve pour trois cents pièces d’argent. « Jamais je n’ai fait une telle affaire. Tant d’argent pour un simple rêve! Dépêchons-nous, sans quoi nous serons en retard pour le marché ».Les amis avaient parlé fort. Ils ignoraient que l’avare Katchiémon avait surpris leur conversation. Lui aussi allait en ville et s’était reposé à la lisière de la forêt. Il eut un rire mauvais : « Que voilà d’honnêtes gens, acheter un rêve! Grâce à eux, j’aurai le trésor pour rien. » Katchiémon renonça à aller au marché et grimpa rapidement sur le rocher. Il creusa entre les racines du pin jusqu’à ce qu’il trouvât quelque chose de dur. Il continua à creuser avec précaution et finit par sortir de terre un grand pot ventru rempli de pièces d’or. Il brisa le pot et mit les pièces d’or dans le grand sac qui ne le quittait jamais. Arrivé à la ville, il acheta pour tout cet argent une auberge et il devint un homme riche.59091 Mais cet or ne lui porta pas bonheur. Assez rapidement, il perdit non seulement l’or qu’il avait trouvé mais également tout ce qu’il avait possédé auparavant et devint mendiant. Lorsque, à la ville, Mosouké eut terminé ses affaires, il quitta Youkitchi et s’en retourna à l’endroit où il avait acheté le rêve. Quelle ne fut pas sa déception lorsqu’il vit que les racines du pin étaient dénudées et que les tessons du pot gisaient tout autour. »Quelqu’un a pris les devants et a déterré le trésor, » se dit-il avec tristesse. Soudain, il remarqua une inscription sur l’un des tessons. Il la déchiffra: « Le premier des septs. » « Le premier des septs, cela veut dire qu’il y a encore six autres pots sous terre, » se dit-il et il commença à creuser. Il trouva, l’un après l’autre, six pots de terre, chacun rempli de pièces d’or. Mosouké se fit construire en ville une grande auberge qu’il appela « Au pot ventru ». Il y vécut riche et satisfait jusqu’à sa mort. Youkitchi venait souvent lui rendre visite: « Alors Mosouké, comment vas-tu ? Je suis venu voir ce que devient mon rêve. »Les deux amis se tapaient dans le dos en riant et à chaque fois Mosouké servait à son ami le meilleur des sakés dans le plus ventru de ses pots. (conte japonais)

20) Le diamant et la goutte de rosée
Un beau diamant, qui avait autrefois brillé au doigt d’une reine, gisait dans un pré, à côté de pissenlits et de pâquerettes. Juste au-dessus de lui, brillait une goutte de rosée qui s’accrochait timidement à un brin d’herbe. Tout en haut, le brillant soleil du matin dardait ses rayons sur eux, les faisant étinceler. La modeste goutte de rosée regardait le diamant, mais sans oser s’adresser à une créature d’aussi noble origine. Un gros scarabée, en promenade à travers les champs aperçut le diamant et reconnut en lui quelque haut dignitaire. « – Seigneur, dit-il en faisant une grande révérence, permettez à votre humble serviteur de vous offrir ses hommages. »
– Merci, répondit le diamant avec hauteur.6d3f298c
En relevant la tête, le scarabée aperçut la goutte de rosée:- Une de vos parentes, je présume, monseigneur ? demanda-t-il avec affabilité en dirigeant une de ses antennes vers la goutte de rosée. Le diamant partit d’un éclat de rire méprisant.- Quelle absurdité ! déclara-t-il. Mais qu’attendre d’un grossier scarabée ? Passez votre chemin, monsieur. Me mettre, moi, sur le même rang, dans la même famille qu’un être vulgaire, sans valeur ! et le diamant s’esclaffait.
– Mais, monseigneur, il me semblait. Sa beauté n’est-elle pas égale à la vôtre ? balbutia timidement le scarabée déconfit.
– Beauté, vraiment ? Imitation, vous voulez dire. En vérité, l’imitation est la plus sincère des flatteries, il y a quelque satisfaction à se le rappeler. Mais cette beauté factice même est ridicule si elle n’est pas accompagnée de la durée. Bateau sans rames, voiture sans chevaux, puits sans eau, voilà ce que c’est que la beauté sans la fortune. Aucune valeur réelle là où il n’y a ni rang ni richesse. Combinez beauté, rang et richesse, et le monde sera à vos pieds. A présent, vous savez pourquoi on m’adore. »
Et le diamant lança de tels feux que le scarabée dut en détourner les yeux, pendant que la pauvre goutte de rosée se sentait à peine la force de vivre, tant elle était humiliée. Juste alors une alouette descendit comme une flèche, et vint donner du bec contre le diamant.
– Ah ! fit-elle désappointée, ce que je prenais pour une goutte d’eau n’est qu’un misérable diamant. Mon gosier est desséché, je vais mourir de soif.gouttes-deau
– En vérité ! Le monde ne s’en consolera jamais, ricana le diamant.
Mais la goutte de rosée venait de prendre une soudaine et noble résolution:- Puis-je vous être utile, moi ? demanda-t-elle.
L’alouette releva la tête. – Oh ! ma précieuse amie, vous me sauverez la vie. »
– Venez, alors. Et la goutte de rosée glissa du brin d’herbe dans le gosier altéré de l’alouette.
– Oh ! oh ! murmura le scarabée en reprenant sa promenade. Voilà une leçon que je n’oublierai pas. Le simple mérite vaut plus que le rang et la richesse sans modestie et sans dévouement ; il ne peut y avoir aucune réelle beauté sans cela. (Conte allemand)

 19) L’homme et l’oiseau   

Un homme captura un jour un frêle oiseau, si petit qu’il tenait dans la paume de sa main. L’oiseau tenta de négocier sa liberté: Qu’attends-tu donc de moi ? Dit-il. Je suis si petit, si maigre, je n’ai que la peau sur les os ! Rends-moi la liberté ! En échange, je te dirai trois vérités. Soit, dit l’homme. sanstitrech4Mais comment pourrai-je savoir si tes vérités sont utiles pour moi ? C’est très simple, Je te dirai la première vérité lorsque je serai encore dans ta main. Je te dirai la seconde lorsque je serai sur la branche de cet arbre ; ainsi, tu auras encore le pouvoir de me rattraper si cette vérité ne te convient pas. Enfin, je te dirai la troisième, la plus importante, lorsque je serai là-haut dans le ciel. D’accord, dit l’homme. Dis-moi la première vérité. « si tu perds quelque chose, s’agirait-il de ta propre vie, tu ne dois pas le regretter. »
Voilà une vérité profonde, pensa l’homme : le non-attachement aux formes extérieures, en effet, est le secret de la vraie liberté. il ouvrit la main. L’oiseau s’envola sur la branche, d’où il proféra sa deuxième vérité : « Si on te raconte une absurdité, n’y crois sous aucun prétexte avant d’en avoir eu la preuve. »
Très bien, dit l’homme, tu es beaucoup plus sage que ne le laissait prévoir ton minuscule crâne d’oiseau : l’être humain, en effet, est naturellement attiré par le mensonge et l’illusion, nés de sa convoitise ! Mais quelle est donc la troisième vérité?
C’est, lui répondit l’oiseau qui planait désormais dans les hauteurs du ciel, que j’ai dans l’estomac, deux diamants gros chacun comme un de tes poings. Si tu m’avais tué, ta fortune était faite. Fou de rage, l’homme maudit l’oiseau. Il s’en voulut d’être si stupide et pleura sur son sort. Imbécile ! s’exclama l’oiseau. Je t’ai dit de ne jamais regretter aucune chose, et tu regrettes déjà de m’avoir libéré ! Je t’ai dit de ne jamais croire une absurdité, et tu m’as cru lorsque j’ai prétendu, moi qui tiens dans la paume de ta main, avoir avalé deux diamants gros comme tes poings ! En raison de ta convoitise et de ton aveuglement, tu ne pourras jamais voler dans le ciel comme moi!  Conte du monde arabe, anonyme         ♥ ♥ ♥♥ ♥ ♥♥ ♥ ♥

18) Les trésors de l’âme normal_20120929_Grottes-de-Choranche_050

L’histoire raconte la légende d’une femme pauvre avec un garçonnet dans les bras, qui, passant devant une caverne, entendit une voix mystérieuse venant de l’extérieur et qui lui disait: « Entre et prends tout ce que tu désires, mais n’oublie pas le principal. Souviens-toi d’une chose: Après que tu sois sortie, la porte se refermera à tout jamais. Profite de l’opportunité, mais n’oublie pas le principal. » La femme entra dans la caverne et trouva beaucoup de richesses. Fascinée par l’or et les bijoux, elle déposa l’enfant par terre et commença à amasser, anxieusement, tout ce qu’elle pouvait dans son tablier. La voix mystérieuse lui rappela:  » Tu as seulement 8 minutes. ». Les 8 minutes épuisées, la femme chargée d’or et de pierres précieuses, courut hors de la caverne et la porte se referma. Elle se rappela alors, que le garçonnet était resté à l’intérieur, mais la porte était fermée à tout jamais. La richesse dure peu mais le désespoir, toujours! La même chose parfois, nous arrive. Nous avons quelques 80 ans pour vivre en ce monde et toujours une voix nous rappelle : « De ne pas oublier le principal »! Le principal, c’est les valeurs spirituelles, la foi, la vigilance, la famille, les amis, la vie. Mais l’appât du gain, la richesse, les plaisirs matériels nous fascinent tellement, que le principal reste toujours de côté… Ainsi, nous épuisons notre temps ici-bas, et nous laissons de côté l’essentiel: Les trésors de l’âme. Nous ne devons jamais oublier que la vie, en ce monde, passe rapidement et que la mort arrive de façon inattendue. Lorsque la porte de cette vie se refermera pour nous, les lamentations ne serviront à rien. Bruno LEROY.

17) Le fil
halloween-scens-with-spiders-and-spider-webs-5-01-9n7_eefIl y avait un homme qui était tombé dans les enfers du monde, et de quelque côté qu’il se tournât, il ne voyait que des occasions de souffrances. Il chercha à trouver un compagnon pour adoucir sa solitude et sa misère, quelqu’un qui partagerait avec lui le désir et le vœu de s’échapper de ces lieux de tortures et d’esclavages, mais personne ne voulut répondre à son appel tant il avait été cruel. Il chercha dans sa mémoire s’il n’avait pas aidé quelqu’un durant sa vie qui de ce fait lui serait redevable, et là non plus, il ne trouva personne. Cependant, en y pensant bien, il se souvint qu’un jour il avait évité d’écraser une araignée alors qu’elle se trouvait sous ses pieds. Il implora cette araignée en lui rappelant ce service qu’il lui avait rendu. L’araignée entendit son appel. Elle lança un fil à travers le précipice qui mène jusque dans les enfers. L’homme regarda le fil, puis constata que c’était une corde d’argent très solide, mais il ne voulut pas croire en une telle providence et se dit que ce devait être seulement un fil d’araignée trop fragile. Il avait cependant une si grande envie de quitter ces lieux, qu’il tenta le tout pour le tout, et commença à grimper. L’escalade était difficile, le fil glissant, il s’y agrippa de toutes ses forces. Arrivé à mi-hauteur, il commença de voir la lumière du haut, et ne désira plus qu’y accéder au plus vite! Mais il regarda ensuite en bas ces lieux horribles qui s’éloignaient de lui, et il vit une foule de gens qui grimpaient à sa suite. La panique le saisit – la corde était tout juste assez solide pour lui! Elle allait certainement casser! Ceux-là, ils n’avaient qu’à rester en Enfer! De quel droit pouvaient-ils le suivre? c’était Lui qui n’avait pas écrasé l’araignée, la corde n’était pas pour eux!!, elle n’était que pour lui! …à ce moment précis, le fil céda très exactement à la hauteur de ses mains, et lui et tous les autres retombèrent dans leurs enfers.  anonyme

16) l’oiseau reconnaissantGrue royale Balearica regulorum Grey Crowned Crane
Il était une fois un jeune homme qui vivait seul dans une petite maison à l’orée de la forêt. L’hiver était rigoureux et une épaisse couche de neige recouvrait la campagne. Un soir, alors qu’il rentrait chez lui et marchait péniblement dans la neige il entendit des plaintes. Il se dirigea vers le champ d’où montaient celles-ci et découvrit une grue allongée sur la neige. L’oiseau avait une flèche plantée dans l’aile. Le jeune homme, qui avait bon cœur, se pencha sur lui et retira doucement la flèche. L’oiseau, libéré, s’envola et disparut dans le ciel. Le jeune homme rentra chez lui. Il était pauvre et sa vie n’était pas facile. Personne ne venait jamais le voir, aussi ce soir là, quand à la nuit tombée, on frappa à sa porte, il se demanda qui pouvait bien lui rendre visite à une heure si tardive. Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir sur le seuil une belle jeune fille! Elle s’était égarée dans la neige, et lui demanda l’hospitalité, ce qu’il lui accorda bien volontiers. Elle resta le lendemain, et encore le jour suivant. Le jeune homme s’éprit de cette jolie jeune fille douce et gentille, et lui demanda si elle acceptait de l’épouser. Ils se marièrent et vécurent heureux, malgré leur pauvreté. Les voisins apprirent l’heureuse nouvelle, et se réjouirent de leur bonheur. Cependant, l’hiver était long et rude, et bientôt l’argent et la nourriture vinrent à manquer; ils vivaient plus pauvrement que jamais. Un jour, la jeune femme décida de tisser une étoffe, et son mari lui installa un métier à tisser dans une petite pièce au fond de la maison. Avant de se mettre à l’ouvrage, la jeune femme dit à son mari : « Quoiqu’il arrive et sous aucun prétexte tu ne dois entrer dans cette pièce »; le jeune homme promit. La jeune femme s’enferma et commença à tisser. Un jour entier s’écoula, puis un deuxième, et la jeune épouse travaillait sans relâche. Enfin, le soir du troisième jour elle sortit de la chambre, fatiguée et amaigrie, et présenta à son mari une étoffe superbe, si rare et si précieuse qu’il la vendit pour une forte somme d’argent. Grâce à cet argent, la vie fut plus facile pendant quelques temps; mais l’hiver n’en finissait pas et argent et nourriture vinrent à manquer une nouvelle fois. La jeune femme décida alors de tisser une nouvelle étoffe, et recommanda de nouveau à son mari de ne pas entrer dans la pièce, quoiqu’il arrive. Il renouvela sa promesse, et attendit pendant plusieurs jours. Enfin, le soir du quatrième jour, sa femme un peu plus pâle et amaigrie, apporta une nouvelle étoffe, encore plus magnifique que la précédente. Le jeune homme partit à la ville, et revint avec une somme d’argent plus importante que la première fois. Grâce à sa femme, le jeune homme était heureux et sa vie plus douce qu’avant, mais il en vint à désirer encore plus d’argent. De plus, les voisins le pressaient de questions, lui demandant comment sa femme pouvait tisser des étoffes d’une telle splendeur sans même acheter un seul fil. Tous trouvaient cela bien étrange. Le jeune homme, désirant avoir plus d’argent et brûlant du désir de découvrir le secret de sa femme, lui demanda de tisser encore une étoffe. Affaiblie et ne comprenant pas pourquoi il désirait plus d’argent, elle résista puis céda et accepta à contre-coeur. Après avoir renouvelé ses recommandations à son mari, la jeune femme se mit au travail. Cependant, le jeune homme était dévoré par la curiosité et voulait à tout prix savoir comment sa femme faisait pour tisser de si belles étoffes. Oubliant sa promesse, il alla sans bruit jusqu’à la chambre où la jeune femme tissait sans relâche, et entrouvrit doucement la porte. Mais ce n’était pas sa femme qui tissait, et cela le surprit tellement qu’il laissa échapper un cri. C’était une grue, et le bel oiseau arrachait ses plumes une à une et s’en servait pour tisser une somptueuse étoffe. Quand la grue s’aperçut de sa présence, elle reprit les traits de la jeune femme. Celle-ci expliqua alors à son mari stupéfait qu’elle était en réalité la grue qu’il avait sauvée. Elle avait pris l’apparence d’une jeune femme pour lui venir en aide et elle avait tissé ces étoffes avec les plumes arrachées à son propre corps. Mais le jeune homme avait manqué à sa promesse et maintenant qu’il avait découvert le secret de sa femme, ils ne pourraient plus jamais vivre ensemble. Il regrettait amèrement d’avoir faillit à sa promesse par curiosité et par cupidité, mais il ne put retenir la jeune femme. Elle reprit l’apparence du bel oiseau gris et s’élança vers le ciel.

15) Tout est pour le mieux
Anirouttar, ministre de darmapouri, avait pour manie de répéter sans cesse: « tout est pour le mieux »… cela agaçait Vikkram, le roi. Un jour Vikkram et son ministre allèrent à la chasse. Le roi se blessa au doigt en coupant une branche qui barrait le chemin. Voyant cela, Anirouttar ne put s’empêcher de dire: ‘tout est pour le mieux, ô mon roi ». Fou de colère, le roi l’emmena prés d’un puits en ruine et à sec. -« Je vais te jeter dans ce puits, hurla-t-il, qu’en penses-tu?KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERA
-Tout est pour le mieux » répond le ministre, imperturbable.
Le roi le jeta alors dans le puits et repartit chasser. Soudain, alors qu’il poursuivait une bête, il se retrouva cerné par un groupe de sauvages, adorateurs de la déesse Kâli à laquelle ils avaient coutume d’offrir en sacrifice des humains exempts de toute impureté. Le beau Vikkram fut donc saisi, ligoté et traîné jusqu’au temple de Kâli pour y être sacrifié. Le prêtre du temple lui fit prendre un bain, car toute offrande faite à la déesse, fût-elle un homme, devait être pure. Pendant le bain, le prêtre aperçut la blessure au doigt de Vikkram. Il déclara alors que Vikkram, ayant une blessure, était souillé et ne pouvait être sacrifié. Ravi d’être encore vivant, le roi se souvint des paroles de son ministre et, ayant été remis en liberté par les adorateurs de Kâli, rebroussa chemin pour aider l’infortuné à sortir du puits où il l’avait jeté. Lorsque Anirouttar fut tiré d’affaire, il lui conta son aventure. Il approuva son « tout est pour le mieux », car, sans son doigt blessé, il serait déjà au paradis. Il eut toute fois un doute: « Anirouttar, dit-il alors à son ministre, ton « tout est pour le mieux » s’est révélé juste pour moi. Mais comment le justifies-tu pour toi? » Anirouttar s’empressa de lui répondre: « seigneur, si vous ne m’aviez pas poussé dans le puits, j’aurais été capturé par ces sauvages et sacrifié à la déesse Kâli. Voilà pourquoi, pour moi aussi, tout est pour le mieux ». Conte tamoul

14) Ce que vous offrez vous sera rendu

Un jour, Bouddha était sur le point d’atteindre un village où vivaient bon nombre de Ses fidèles. Tout le monde dans ce village lui témoignait une grande affection. Mais avant qu’il n’arrive à l’entrée du village, il croisa des jeunes voyous qui se mirent à Le critiquer. Quelque peu surpris de cette réception, il s’arrêta, s’assit sur un rocher et leur dit : « Et bien, messieurs, quel plaisir obtenez-vous en me critiquant ainsi ? » Sans donner aucune raison, ils redoublèrent leurs critiques. Bouddha leur dit : »Poursuivez donc aussi longtemps qu‘il vous plaira. » Ils critiquèrent et critiquèrent de plus belle jusqu’au moment où, fatigués de leurs propres invectives, ils décidèrent finalement de s’en aller. Avant qu‘ils ne s’en aillent, Bouddha leur dit : « Enfants ! Voici une vérité que je souhaite que vous sachiez. Dans le village où Je me rends, les gens m’aiment beaucoup. S’ils apprenaient que vous m’avez critiqué de manière aussi vile, ils vous tailleraient en pièces. Pour vous sauver de ce danger, Je suis resté assis ici sur ce rocher et je vous ai permis de me critiquer.
Je vous ai donc fait un grand cadeau. D’ordinaire, quand on veut donner de la joie aux gens on doit dépenser beaucoup d’argent et faire toutes sortes de préparatifs. Cependant, sans aucun effort, sans dépenser le moindre centime, Je vous ai permis de vous réjouir en me critiquant. Puisque vous semblez retirer tant de joie des critiques que vous m’adressez, Je suis responsable de votre joie. 
Sans en avoir eu l’intention, J’ai pu donner satisfaction à beaucoup de gens. Vous voyez, au lieu d’être malheureux à cause de vos critiques, je suis vraiment heureux parce que j’ai pu vous donner du bonheur. « 880-bouddha-rieur-debout-levant-le-lingot-dor-300-300
Puis, Bouddha leur expliqua une chose très importante. Il le fit d’une manière telle que cela laissa une impression indélébile en leur cœur. « Supposons qu’un mendiant frappe à votre porte pour demander l’aumône et que vous lui apportez de la nourriture. Supposons aussi que cette nourriture n’est pas le genre d’aumône qu‘il attend et admettons qu’il ne l’accepte pas. Que ferez-vous ? Vous direz, »Si tu ne veux pas ce que je te donne, je le reprends et le garde pour moi ». De même, vous m’offrez vos critiques, c’est l’aumône que vous me faites. Vous pensez sûrement que j’ai besoin de votre avis et me l’offrez gratuitement, mais je ne l’accepte pas. Alors, à qui va-t-il ? Et bien, il vous est retourné, il vous reste et vous appartient. Vous voyez, vous vous êtes réellement critiqués vous-mêmes, vous ne m’avez pas critiqué du tout. » On peut envoyer une lettre recommandée à un ami. S’il n’accepte pas cet envoi recommandé que fera l’Administration de la Poste avec la lettre. Elle la renverra à l’expéditeur. Si vous critiquez ou dénigrez quelqu’un et si cette personne n’accepte pas vos critiques, elles vous reviennent inévitablement. C’est une satisfaction bien mesquine de penser que vous causez des ennuis aux autres par haine et jalousie. Vous ne causez des ennuis à personne sinon à vous-même. La jalousie créera des difficultés à celui qui en est infecté et elle le fera de maintes façons. Sathya Sai Baba, « Discours sur la Gita » –

13) L’enfant préféré 

Un jour, un Khalife fit venir un homme très simple, dont on lui avait dit qu’il était un sage. Pour éprouver cette sagesse, le Khalife lui posa cette question : « On me dit que tu as de nombreux enfants ; veux-tu m’indiquer de tes enfants lequel est le préféré ? »Et l’homme de répondre : Celui de mes enfants que je préfère, c’est le plus petit, jusqu’à ce qu’il grandisse, celui qui est loin, jusqu’à ce qu’il revienne, celui qui est malade, jusqu’à ce qu’il guérisse, celui qui est prisonnier, jusqu’à ce qu’il soit libéré celui qui est éprouvé, jusqu’à ce qu’il soit consolé.  Conte arabe ml

12) La rencontre

Il y avait un jeune homme, qui priait Dieu tous les soirs, le suppliant de lui venir en aide. Il trouvait que sa vie était sans intérêt et qu’elle semblait tourner en rond. Depuis déjà un moment, il se sentait comme prisonnier. Un soir, voyant que Dieu ne semblait pas vouloir répondre à ses prières, il se fâcha contre lui : «Seigneur, pourquoi ignores-tu mes prières? Je te prie à tous les soirs. Fidèle, je te supplie de me venir en aide !» Et il s’endormit. Le lendemain matin, un homme qui semblait venir de nulle part, lui apparût et lui demanda : « Hé jeune homme, si un passant te demande de l’aider à retrouver son chemin en te disant qu’il est perdu, que feras-tu?» Le garçon surpris par la question, lui répondit : « Je vais d’abord lui demander où il désire aller exactement.»
L’homme répliqua : « Ah! Oui… et si le passant te répond, qu’il a perdu le papier sur lequel sa destination était inscrite, et que les seules informations qu’il possède maintenant sont l’endroit d’où il vient et celle où il est présentement.» Le jeune homme répondit que cette situation lui semblait un peu ridicule. Alors l’homme lui dit: « Pourquoi donc jeune homme, demandes-tu alors à Dieu de t’aider à te diriger vers une direction, alors que tu ne la connais pas toi-même? Comment voudrais-tu qu’il commande à ses Anges de te diriger alors que tu ne sais pas quoi faire de ta vie? Tu sais, Dieu entend tes prières et ne demande pas mieux que de te guider, mais tu dois savoir d’abord ce que tu désires. Dieu a effectivement un plan de vie pour toi, mais il t’a donné également le libre arbitre afin que tu puisses choisir la façon de te rendre à destination, sinon quelle serait ta raison d’être, si c’est Dieu qui vivait ta vie à ta place, et qu’aurais-tu à apprendre s’il te donnait toutes les réponses à l’avance, au lieu de te laisser apprendre de tes erreurs, n’est-ce pas la raison d’être ici sur terre, afin d’apprendre dans le but de grandir? »
Le jeune homme saisit qu’au lieu de se fâcher contre Dieu, il devrait simplement se faire un plan de vie afin de pouvoir reprendre son chemin vers la destination qui lui avait été destinée avant son départ, pour ensuite demander avec confiance à Dieu de le guider vers cette destination. Neil Gates

11) Choisirla porte

Il était une fois, un roi très critiqué pour ses actes de guerre. Une fois qu’il avait fait prisonniers tous ses ennemis, il les conviait dans une grande salle et criait : – Je vais vous donner une dernière chance. Regardez tous à droite. Tous tournaient la tête vers une rangée de soldats armés d’arcs et de flèches, Prêts à leur tirer dessus. – Maintenant, disait le roi, regardez tous à gauche.
Dans cette direction, les prisonniers pouvaient apercevoir une gigantesque porte noire d’aspect dantesque incrustée de crânes humains sanguinolents, de mains décharnées, de morceaux de cadavre en putréfaction. Une porte d’aspect infernal qui les faisait frissonner d’horreur. Le roi se positionnait au centre de la salle:
– Ecoutez-moi tous. Que désirez-vous le plus?  Mourir transpercés par les flèches de mes archers, ou tenter votre chance et passer le seuil de la porte noire? Décidez-vous, je respecterai le choix de votre libre arbitre…
Tous les prisonniers adoptaient le même comportement : au moment de se décider, Ils approchaient de la porte géante, lui jetaient un regard tourmenté et se prononçaient en tremblant : – Nous préférons mourir sous tes flèches !
Aucun d’entre eux n’osait ouvrir la porte, imaginant quel insoutenable destin il trouverait là derrière. Mais un jour, la guerre fut terminée, et un soldat qui faisait partie autrefois du peloton d’exécution des archers, Osa interroger le roi : – Tu sais, grand roi, je me suis toujours demandé ce qu’il y avait derrière la porte noire.
Le roi répondit : – Tu te souviens que je donnais le choix aux prisonniers ? Ils pouvaient pousser la porte ou opter pour une mort certaine. Eh bien, toi, vas ouvrir la porte noire ! Le soldat, frémissant, s’exécuta et la porte tourna sur ses énormes gonds grinçants. Un pur rayon de soleil balaya le sol dallé. Alors le soldat ouvrit la porte en grand. La lumière inonda la salle.  Elle provenait d’un paysage verdoyant. Le soldat vit un chemin qui montait au milieu des arbres. Et il comprit : ce chemin, c’était celui de la liberté ! in les mille et une nuits,

Mains-lumiere

10) La force des mains

Il arriva qu’un jour… Jacques et César se promenaient dans les bois autour de Sauveterre lorsqu’un chevreuil surgit soudain à quelques mètres d’eux sur le chemin. Rencontre magique ! Le vieil homme s’arrêta net, tendant les mains presque instinctivement vers l’animal. Il y eut alors quelques minutes immobiles où ils se scrutèrent l’un l’autre jusqu’au fond de l’âme. Et puis l’animal paisiblement s’en alla. Encore sous le charme de cet instant et se retournant pour parler à son vieil ami, Jacques le surprit à nouveau en arrêt devant une épilobe des bois. Incroyable ! Il la caressait, peut-être même lui parlait-il à voix basse ! Ils reprirent leur chemin, et Jacques ne cessait d’épier ce bougre d’homme du coin de l’oeil. Comment regardait-il le monde, pour être aussi simplement heureux ? Pour le jeune homme, cette promenade était certes très agréable, mais il n’y avait pas de quoi s’extasier outre mesure. Sa réflexion devint plus incisive. Où vivait César, dans quelle contrée existait-il pour aimer une fleur ou un chevreuil de la sorte ? Et comme lui-même devait être infirme pour seulement passer à côté des choses pendant que le vieil homme se réjouissait de tout !
Jacques se trouva soudain estropié en réjouissances ordinaires, et alors qu’il allait poser une question à César, une nouvelle fois le vieil homme s’arrêta, cette fois devant un buisson d’églantine sauvage, dont il se mit à caresser la chevelure. – Sais-tu mon Jacques, lança-t-il à voix basse, l’églantine a besoin de la main du jardinier pour devenir rosier ! Seulement par la grâce de cet amour de la main, la rose va éclore, pour le séduire en retour. Jacques regarda ses mains empotées au bout de ses bras, ses mains taries de caresses. De plein fouet il se mesura analphabète de la tendresse ! Immédiatement il lui revint l’ambiance familiale, où son père et sa mère ne se touchaient jamais. Il lui revint un petit garçon chétif assis au milieu de ces deux-là, trop accaparés par leurs soucis respectifs pour avoir le temps de s’étreindre. Il en était là, quand César s’arrêta une nouvelle fois. Peut-être pleurait-il déjà, peut-être le vieux magicien avait-il perçu la peine de son jeune ami ? Toujours est-il qu’il se retourna tout net devant Jacques, immobile, le fouillant de part en part, avec son regard bleu chargé d’une patience infinie. – Dis donc, mon Jacques, tu sais, l’homme aussi peut devenir un magnifique rosier, si on sait par où le caresser ! – Tu sais, César, répondit Jacques en sanglotant, je… heu, je…enfin, oui, je voulais te dire, je ne sais pas me servir de mes mains comme toi, parce que vois- tu… moi je suis un ancien petit garçon qui n’a jamais été pris dans les bras de sa maman… jamais! Jamais! répéta-il en pleurant. César s’avança, ouvrit les mains comme avec le chevreuil, et prit le jeune homme dans ses bras avec une infinie douceur. Jacques pleura longuement de cette étreinte, comme si par-dessus le temps il se lavait de toutes les souffrances du petit garçon. Et puis il se calma, retrouvant le sourire et la paix. César, en lui passant les mains sur le visage, lui murmura alors à l’oreille : – Tu vois, l’homme aussi peut devenir un rosier magnifique, rienqu’avec la force d’amour des mains magiques !  Bernard Montaud   100226055038952275522353

9) La Fontaine de Jouvence.

Il était une fois un très vieux bûcheron nommé Yoshida qui vivait auprès de sa très vieille femme, Fumi. Ils habitaient tous deux, pleinement heureux, dans l’île sacrée de Miya Jima, couverte de pins et d’érables. Un des plus beaux paysages du Japon. Nul n’avait le droit de mourir ici. Ils avaient connu de grandes joies lors de la naissance de leurs trois enfants. De grandes peines aussi. Mais la solitude et la vieillesse les avaient gagnés, ils étaient ridés et secs comme ces vieux troncs que l’on rencontre dans la forêt. Un jour, par un clair soleil d’automne, Yoshida se dirigea vers la forêt et se promena dans ce lieu qu’il avait tant fréquenté autrefois. Il n’avait jamais prêté attention à cette fontaine. Puisant un peu de son eau limpide, il la porta à ses lèvres. Miracle! voici que ses cheveux redevinrent noirs, que son visage perdit ses rides, que les forces passées lui revinrent. Yoshida reconnut le solide jeune homme qu’il avait été. Il avait bu, sans le savoir, l’eau de la fontaine de jouvence. Il se hâta vers sa maison où l’attendait Fumi. Lorsqu’elle vit entrer ce beau jeune homme qu’elle avait connu, elle poussa un cri de surprise. Yoshida la rassura et lui expliqua son aventure. C’était décidé. Elle irait aussi boire l’eau de la Fontaine de jouvence. Le lendemain, tôt le matin, elle se dirigea vers la source. Yoshida garda la maison. Le temps passa. Yoshida commença à s’inquiéter. Au bout d’un certain temps, il partit à sa recherche. Il arriva à la source. Personne. Il s’apprêta à rentrer lorsqu’un bruit lui fit tourner la tête. Il s’agissait d’une vague plainte. Yoshida s’approcha de l’endroit d’où venait le bruit. Caché par les hautes herbes qui entouraient la source, il aperçut un tout petit enfant à peine âgé de quelques mois. Trop jeune pour pouvoir parler, il tendit ses bras vers Yoshida d’un air désespéré. Dans ses yeux, le bûcheron crut reconnaître le regard de celle qu’il avait tant aimée. Oui, ce petit enfant était Fumi. Fumi qui, dans sa soif d’éternelle jeunesse, avait tant bu l’eau de la source qu’elle était devenue un nourrisson. Yoshida attacha la fillette sur son dos comme le font les Japonaises de cette époque et rentra chez lui avec la pensée qu’il devrait, à l’avenir, protéger et éduquer celle qui fut jadis sa compagne. Conte du Japonrect6[1]

 pere amour coeur8) L’amant et l’amante

Un homme brave et impétueux comme un lion fut pendant cinq ans amoureux d’une femme. Cependant on distinguait une petite taie à l’œil de cette belle; mais cet homme ne s’en apercevait pas, quoiqu’il contemplât fréquemment sa maîtresse. Comment en effet cet homme, plongé dans un amour si violent, aurait-il pu s’apercevoir de ce défaut ? Toutefois son amour finit par diminuer; une médecine guérit cette maladie. Lorsque l’amour pour cette femme eut été altéré dans le cœur de celui qui l’aimait, il reprit facilement son pouvoir sur lui-même. Il vit alors la difformité de l’œil de son amie, et lui demanda comment s’était produite cette tache blanche. «Dès l’instant, répondit-elle, que ton amour a été moindre, mon œil a laissé voir son défaut. Lorsque ton amour a été défectueux, mon œil l’est aussi devenu pour toi. Tu as rempli ton cœur de trouble par l’aversion que tu éprouves actuellement; mais regarde, ô aveugle de cœur ! tes propres défauts. Jusques à quand rechercheras-tu les défauts d’autrui ? Tâche plutôt de t’occuper de ceux que tu caches soigneusement. Lorsque tes fautes seront lourdes pour toi, tu ne feras pas attention à celles d’autrui.» Faridu-ddine Attar

7) Le fiancé de la princesse 8918902-collection-de-graines-et-noix-huile
Il était une fois un petit royaume où régnait un vieux roi respecté de ses sujets. Il n’avait pas de prince héritier et voulait chercher un fiancé pour sa fille de dix ans. Il fit sélectionner un certain nombre d’adolescents, plus doués les uns que les autres, les réunit dans son palais et remit à chacun d’eux un sachet de graines. L’année suivante, au jour fixé, tous les garçons apportèrent au palais les fleurs qu’ils avaient consciencieusement cultivées. Dans la grande salle du trône parfumée de verdure, les plantes étaient magnifiques et les fleurs superbes. Le roi et la reine passèrent lentement en revue les rangées de pots, la mine grave et soucieuse.Soudain ils s’arrêtèrent devant un adolescent triste et timoré, qui avait les larmes aux yeux: – Vos Majestés, dit-il, je ne comprends pas ce qui est arrivé. J’ai demandé autour de moi de la meilleure terre et des meilleurs engrais, j’ai suivi tous les bons conseils, j’ai pris le plus grand soin de vos graines, hélas rien n’a poussé. Je suis honteux d’avoir échoué, je suis venu seulement pour ne pas jeter le déshonneur sur ma famille et sur mon village. Le roi lui annonça gentiment : — C’est toi le fiancé de la princesse.
Des murmures de surprise, de déception voire même de désapprobation, parcoururent la foule, mais personne n’osa contester la sentence royale. Depuis ce jour le petit garçon vécut au palais où il reçut l’éducation d’un prince héritier. Puis il monta sur le trône et régna longtemps. Au soir de leur vie, la princesse qui était devenue reine lui dévoila enfin le choix de ses parents : – Avant de mettre les graines en sachets, ma mère les avait cuites à la vapeur. Pour réussir les autres garçons avaient réparé ce qu’ils croyaient être un coup du sort ou une erreur humaine. Ils étaient certainement malins et débrouillards, ils avaient même le sens de l’initiative, ou on les avait trop bien aidés. Mais ils n’avaient pas deviné le problème de mon père : par cette épreuve il voulait trouver un fils honnête, en qui il pourrait mettre toute sa confiance, ni plus ni moins. Ensuite il aurait tout le loisir de le former, pour en faire un prince puis un roi. Le vieux roi soupira : – Nos parents étaient bien étranges, j’ai été choisi parce que j’ai bien répondu à la question, alors que je n’avais nulle conscience de l’existence de cette question. C’était donc un coup de dé ! La reine le rassura doucement : – Ne te tracasse pas vainement, à leurs yeux tu étais le plus digne de tous et jamais ils n’ont eu de doute à ton sujet. Le zen c’est cela, mystérieux et ordinaire. De tous temps, il existe sûrement une prime à la vérité et à la sincérité. Khoa Nguyen

6) L Âne du fermieranetrou

Un jour, l’âne d’un fermier tomba dans un puits. L’animal gémissait pitoyablement depuis des heures, et le fermier se demandait quoi faire. Finalement, il décida que l’animal était vieux et que le puits devait disparaître de toute façon, et que ce n’était pas rentable pour lui de récupérer l’âne. Il invita tous ses voisins à venir l’aider. Ils prirent tous une pelle et commencèrent à boucher le puits. Au début, l’âne réalisa ce qui se produisait et se mit à brailler terriblement. Puis, à la stupéfaction de chacun, il se tut. Quelques pelletées plus tard, le fermier regarda dans le fond du puits et fut bien étonné : avec chaque pelletée de terre qui tombait sur lui, l’âne se secouait pour enlever la terre de son dos et montait dessus. Pendant que les voisins du fermier continuaient à pelleter sur l’animal, il se secouait et montait dessus. Bientôt, l’âne put sortir hors du puits et se remit à trotter!
La vie va essayer de vous engloutir de toutes sortes d’ordures. Le truc pour se sortir du trou est de se secouer pour avancer. Chacun de nos ennuis est une pierre qui permet de progresser. Nous pouvons sortir des puits les plus profonds en n’abandonnant jamais ! Secouez-vous et foncez ! (anonyme)044

5) L’oiseau Pleureur

Deux frères vivaient ensemble. Depuis longtemps, ils avaient enterré leur père et, à part l’un l’autre, ils n’avaient personne au monde. Ils s’aidaient mutuellement, et vivaient dans l’affection et la bonne entente fraternelle. Ils gagnaient pauvrement leur vie en allant à la pêche. Chaque matin, dès que pointait le jour, ils prenaient leurs filets et allaient en mer. Parfois, lorsqu’il leur arrivait de prendre un poisson particulièrement beau, ils ne le vendaient pas, mais le rapportaient chez eux, le faisaient cuire et le mangeaient. L’aîné, qui avait compassion de son cadet, mettait toujours sur l’assiette de son frère le corps du poisson entier, ne gardant pour lui que la tête. Le plus jeune, constatant la répétition du fait, hocha un jour la tête en se demandant pourquoi son aîné ne le laissait pas goûter lui aussi à la tête. « Serait-ce un morceau particulièrement délicat », se demandait-il. « Est-ce pour cela que mon frère se le garde toujours ? » Et ainsi prit naissance dans son cœur un sentiment de haine pour son frère aîné. Et un jour qu’ils avaient pris place dans leur barque pour aller en haute mer, le plus jeune profita de ce que l’aîné, le dos tourné, se penchait hors de la barque, pour le pousser à l’eau ! « Et maintenant, je pourrai me régaler moi aussi des têtes de poisson !» se dit le plus jeune en se frottant les mains. Il rapporta le produit de la pêche à la maison, fit frire le plus beau poisson, et se mit tout de suite à attaquer la tête. Mais quoi ? Sur cette tête, il n’y avait pour ainsi dire rien à manger. Rien que des grosses arêtes comme des os, et pour les joues, elles n’avaient pas un goût particulier. Ce n’est qu’alors que le cadet comprit que son grand frère l’aimait tant qu’il lui laissait toujours le meilleur, et ne lui donnait jamais la tête qui ne valait rien. Il pleura amèrement, et courut vers la mer, qui s’étendait là, sombre et triste: Frère, ô mon pauvre frère, où es-tu ? criait le cadet, bien malheureux, mais personne ne lui répondit. Seule la mer mugissait, et les vagues se soulevaient. C’est en vain que le cadet appela son aîné, personne ne lui répondit. Pour finir, il se décida à aller chercher son frère au fond de la mer. Il sauta à l’eau, et la surface des flots se referma sur lui pour toujours. Plus personne ne l’a jamais revu, depuis lors. On raconte qu’il s’est noyé, et que son âme s’est changée en l’esprit de l’oiseau pleureur qui fait interminablement des cercles en planant au-dessus de la mer, et en pleurant désespérément son frère perdu. (Anonyme)

 

indiens (18)4) L’indien et le loup

Kwesalis était un Indien de l’extrême nord canadien. Selon les gens de son village, c’était un chasseur avisé. Un jour, comme il longeait la côte, il aperçut un loup couché contre un rocher. Il geignait, sa gueule saignait. Kwesalis se pencha sur lui et vit qu’un éclat d’os de daim était planté dans sa mâchoire. Il lui parla à mots tranquilles, il caressa son front, son échine mouillée, puis risqua prudemment sa main entre ses crocs. Il ôta l’os, il murmura : Grand frère, ton mal est parti. indien
Le loup d’un bond se redressa et s’éloigna en trottinant. A quelques saisons de ce jour, au village la variole tua des dizaines de gens. Kwesalis se trouva malade, couché parmi les moribonds au corps couvert de plaies purulentes, puantes. Il pensa qu’il allait mourir. C’était un soir, au crépuscule. Il somnolait et gémissait. Il entendit soudain des hurlements de loups qui se rapprochaient des cabanes. Il en vit deux franchir le seuil, haletants, la gueule fumante. Ils se mirent à baver sur lui, à lécher ses bras, sa poitrine, ses jambes, son visage aussi. Combien de temps ? Il ne put dire. Le fait est que le lendemain il put se lever et sortir. En quelques jours, il fut guéri. Alors, une nuit, il rêva. Un chasseur inconnu lui apparut en songe, et cet homme lui dit : « Le faiseur de chamane est entré dans ton corps. Désormais tu pourras soigner. Tu sauras rattraper les âmes ». « A mon réveil, dit Kwesalis, je n’avais plus le même esprit. J’étais devenu un chamane. Je n’ai jamais voulu cela, mais c’est ainsi, je n’y peux rien ». Quand l’ethnologue américain Franz Boas recueilli son témoignage, Kwesalis était encore le plus fameux guérisseur de la côte nord-ouest du Pacifique. Henri Gougaud

3) L’arbre qui voulait rester nu036

Il était une fois un arbre. Au beau milieu d’un verger, il était sorti de terre, petite pousse verte et fragile se confondant avec les herbes alentours. Curieux de tout, il regarda bien vite le monde qui l’entourait, les fleurs qui s’ouvraient le matin et se refermaient le soir, les oiseaux qui sifflaient en sautant de branche en branche, le paysan qui venait tôt le matin cueillir les fruits des arbres, les graminées qui ondulaient sous la caresse des vents…  Ah !, il le trouvait beau ce monde autour de lui, il avait envie lui aussi de participer à cette beauté, de trouver sa place dans cette harmonie. Une année s’écoula et, ayant grandi, il était devenu un petit rameau portant quelques tiges. Il se rendit compte qu’il n’était pas un brin d’herbe comme il l’avait cru tout d’abord, mais un arbre et se mit à observer plus attentivement ses aînés. Il les trouvait si grands, si beaux, recouverts de leurs feuilles et de leurs fleurs , il fût si émerveillé de voir toutes ces fleurs se transformer en fruits, il fût si attendri des soins attentifs que leur apportait le paysan, mais… Mais, se regardant, il s’aperçut que son écorce ne ressemblait à aucune de celles qui les habillaient, que ses branches n’avaient pas la même forme que les leurs. Alors, il eût peur, peur de n’être pas assez grand,peur de n’être pas assez beau, peur de ne pas porter assez de fruits, il eût peur que les autres, pommiers, poiriers, mirabelliers… n’acceptent pas sa différence et il décida de ne produire ni feuille, ni fleur, ni fruit. C’est ainsi que les années passèrent, à chaque printemps, son tronc s’épaississait, s’allongeait, de nouvelles branches poussaient, mais… ni feuille, ni fleur, ni fruit. Pour ne pas se trouver nu face aux autres, il s’était depuis son jeune âge laissé peu à peu recouvrir par un lierre grimpant, par des liserons et par des bouquets de gui : ne sachant à quoi il pourrait ressembler, il se couvrait d’une beauté qui n’était pas la sienne. Le jardinier plus d’une fois projeta de le couper pour en faire du bois de chauffage, mais trop occupé par ailleurs, il remit chaque fois cette tâche à plus tard. Un matin pourtant il vint, armé d’une grande hache et commença par couper le lierre qui enserrait l’arbre. Du lierre, il y en avait tellement que cela lui prit toute la journée et qu’une fois de plus, il remit l’abattage à plus tard. Cette nuit là, un petit ver parasite piqua le liseron qui en mourut aussitôt et le lendemain, les oiseaux du ciel apercevant le gui vinrent le picorer. Il ne restait plus de l’arbre au milieu du verger qu’un tronc et des branches : il ne restait plus que l’arbre au milieu du verger. S’apercevant soudain de sa nudité et ne sachant par quel artifice la couvrir, il se décida enfin à laisser pousser tout au long de ses branches de belles petites feuilles d’un vert tendre, à laisser éclore au bout de chaque rameau de mignonnes petites fleurs blanches contrastant joliment avec le brun de la ramure et le vert du feuillage. Le paysan revint avec sa hache et découvrant à la place du tronc inutile un magnifique cerisier, ne trouva plus aucune raison de le couper. Il le laissa donc, trop heureux du miracle qui s’était produit. Depuis ce jour, l’arbre vit heureux au milieu du verger, il n’est pas comme les autres, ni plus beau, ni plus grand, mais tout aussi utile. Il a compris que ni la texture de l’écorce, ni le tracé des branches, ni la forme des feuilles, ni la couleur des fleurs n’ont d’importance : seuls importent les fruits qu’il porte et que nul autre que lui ne peut porter. Aussi, tous les ans, à la belle saison, les enfants du paysan viennent avec une échelle et, s’éparpillant dans sa ramure, se gavent de ses fruits et le réjouissent par leurs rires. (Antoine Lang)

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2) La Rose Et L’oiseau

Il était une fois, une rose qui poussait dans un lieu où la végétation était inexistante. Elle se sentait si seule, qu’elle restait un bouton! Un jour, un oiseau multicolore se posa sur elle et lui dit: -Jolie rose, pourquoi n’ouvres-tu pas tes pétales comme les roses qui poussent de l’autre côté du jardin?
– Je ne sais pas, je me sens inutile ici, et personne ne vient jamais me voir! Je me sens si triste, loin de mes sœurs les roses, qui m’ignorent et qui sont trop loin de moi pour pouvoir communiquer!
-Je peux te comprendre, dis l’oiseau, moi j’ai la chance de pouvoir voler et aller où je veux! Si tu le désires, je peux devenir ton porte-parole! Je délivrerai tes messages à tes sœurs, et viendrai t’en donner les réponses en chantant auprès de toi! Ainsi, les humains, attirés par le chant, pourraient t’admirer!  Est-ce que cela pourra t’aider à t’épanouir?!
– Ce serait merveilleux, dit la rose, maintenant je sais que j’ai un véritable ami! Envole-toi, et dis à mes sœurs que je leur envoie tout mon amour! …et que j’aimerais tout savoir de leur vie et partager leurs secrets!
L’oiseau s’envola et alla trouver les roses en gerbe, qui poussaient à l’autre bout du jardin.
– je viens vous voir de la part de votre sœur, la rose qui pousse dans un lieu délaissé, elle se sent très isolée, triste et inutile!
– Inutile??? S’exclamèrent les autres, mais c’est incroyable! Cette rose est pour nous un exemple, nous l’avons toujours considérée comme « exceptionnelle »! Dis-lui de notre part que depuis sa naissance, nous la reconnaissons comme la reine de toutes les roses de ce jardin, et que nous la respectons! A ces mots, l’oiseau s’envola à tire d’ailes pour retrouver la rose esseulée.
– Ne sois plus jamais triste, dit-il à son amie. Sais-tu que pour tes sœurs, tu es unique?! C’est exceptionnel que tu aies pu
pousser ici! Tu enchantes ces lieux déserts, et tu es un exemple pour les autres!rose_rose
-Je suis un exemple?!
– Oui! tu es un exemple de sagesse et de force!
– Merci! dit la rose. Excuse-moi auprès de mes sœurs, pendant longtemps j’étais en attente d’une reconnaissance, je vivais l’injustice  et la solitude. Je n’avais pas compris que ces lieux déserts étaient pleins de richesses et qu’ils m’avaient reconnue par ma beauté intérieure! Puis, la rose s’épanouit au soleil, et offrit ses pétales multicolores. Ils étaient aussi lumineux et intenses que les plumes de son ami l’oiseau… si étincelants, que ses sœurs purent la voir de loin et capter  son message d’amour! (anonyme)

1) Soi toi-même

 Son Excellence, monsieur le gouverneur Musho Keishu est en voyage ; il chemine au pas lent de ses porteurs vers Kamakura, la grande capitale shôgunale. Confortablement adossé aux coussins de soie, les mains posées sur son petit ventre rond qui tressaute aimablement au rythme de sa litière, Monsieur le gouverneur somnole un peu et rêve. Sa garde personnelle de nobles samouraïs l’entoure et le protège. Suivent en bon ordre les serviteurs, les animaux, les bagages. Monsieur le gouverneur, un sourire béat sur son visage lisse, tout doucement s’endort. Dans les collines de Kamakura, en un lieu paisible qui domine à la fois la ville et la mer, le maître zen Unkei a installé son atelier de statuaire derrière une modeste pagode. Il sculpte le bois des bouddhas au sourire éternel. Il reçoit aussi des gens de toutes conditions qui sollicitent ses conseils. Unkei est un homme à l’écorce rude, un silencieux, mais il ne marche_simplicite_2007refuse jamais son aide. Ce matin précisément, le jeune moine qui fait office de portier s’approche d’un air affairé, il tient religieusement dans ses mains une carte de visite merveilleusement ornée et décorée. On peut lire : Son Excellence Musho Keishu, gouverneur de Kyoto, conseiller particulier du shogun – Je n’ai rien à dire à cet homme, dit sèchement Unkei, qui laisse tomber la carte et reprend son travail. Le jeune portier, déconcerté et effrayé, revient annoncer au serviteur de Son Excellence le refus de son maître. Il attend en tremblant la réaction du haut personnage qui n’a pas quitté sa litière. – Moine, Son Excellence t’attend ! Le portier, plus mort que vif, se présente humblement devant monsieur le gouverneur confortablement adossé à ses coussins de soie : – Ton maître ne veut pas me recevoir ? demande Son Excellence, plus étonné qu’irrité. T’a-t-il donné une raison ? – Non seigneur.
– Sait-il que je pourrais ordonner la fermeture de son atelier, l’emprisonner lui et les siens et faire empaler ses serviteurs ?
– Pitié seigneur ! s’écrie le jeune novice en tombant à genoux. Son excellence le gouverneur n’est pas un méchant homme. Il médite un instant, mollement adossé à ses coussins de soie. Autour de lui, la garde des samouraïs s’est raidie, certains ont déjà la main sur leur sabre. – Hum ! Hum ! fait le gouverneur. Je vais essayer quelque chose. Il biffe tous ses titres et ne laisse sur la carte de visite que son nom : Musho Keishu. – Va redonner à ton maître ma carte de visite ! Unkei est en train de laquer un bouddha de bois. Il prend la carte que le portier lui tend en tremblant. – Je recevrai cet homme avec plaisir. Dit-il. Conte zen

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